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Ethique et accompagnement au SAVS

L’accompagnement des personnes en souffrance psychique : des objectifs, des étapes, un rythme à « négocier en permanence ». Jean-Marie Ponçot, diplômé de l’Ecole d’Educateurs de Dijon, a exercé la profession d’éducateur spécialisé puis de chef de service en centres éducatifs jusqu’en 1980. Le diplôme de l’Ecole de Santé publique de Rennes, obtenu en 1979, lui permet de continuer sa carrière professionnelle en qualité de directeur au Prado, au Grim puis à l’Association de La Roche jusqu’en 2003 date à laquelle il décide de prendre une retraite active dans la gouvernance de l’Association Grim.

Je vais essayer de vous présenter la fonction d’accompagnement en m’appuyant sur ma pratique et celle de mon équipe (années 92-93), et ce qui la sous-tendait à l’époque.

Accompagner une personne handicapée pour cause de maladie mentale, c’est d’abord tenter de créer un lien de confiance individualisé qui doit s’inscrire dans le temps et qui permettra d’apporter une aide extrêmement variable, qu’il faudra ajuster en permanence en fonction du vécu de la personne, des circonstances et des fluctuations de son état.

Pour cela il faut éviter au maximum tout jugement de valeurs et se rendre disponible pour tenter de repérer quelques caractéristiques majeures.

Ceci posé, il faudra progressivement établir avec elle un état de sa situation par rapport à elle-même et à son environnement, fixer une première forme d’objectifs à atteindre et si possible quelques étapes pour y parvenir.

Nous tenterons de définir ainsi et avec elle, ce qui peut, de prime abord créer des perturbations et mettrons en place les formes d’aides acceptées, les rythmes et lieux de rencontres, les démarches à engager auprès des personnes et des services de toutes natures susceptibles d’apporter une aide.

Dès que possible, nous encouragerons cette personne à conserver, voir à rencontrer si besoin, le personnel médical et psychiatrique qui assure les soins. Cela n’est pas toujours facile parce que « psy » renvoie à la maladie et que celle-ci est niée très souvent.

L’accompagnement proprement dit s’engage sur un rythme de rencontres, des objectifs à atteindre, des lieux de rendez-vous qui vont se modifier très fréquemment, d’où une acceptation permanente.

Les supports d’accompagnement seront obligatoirement très divers, très souples, toujours négociés et comporteront toujours des éléments d’entretien et de dialogue. Il ne faut pas tomber dans le rôle de femme de ménage ou d’homme d’entretien.

Parmi les supports relationnels, les rencontres accompagnées avec les enseignants, les chefs d’ateliers, les personnes soignantes, les familles, les logeurs éventuels, les services administratifs, les structures socio-éducatives ou de loisirs, prennent une place importante.

En somme, le but de l’accompagnement est d’aider tel ou tel à réexaminer avec quelqu’un, les éléments internes ou externes qui le contrarient et l’angoissent afin qu’il puisse restaurer des liens avec son environnement, en créer d’autres et se refaire une place dans son groupe social que ce soit la famille, l’école, l’atelier, le club de sport ou le quartier.

Accompagner c’est engager toutes ces démarches et bien d’autres, en se situant à côté de la personne et non pas de faire à sa place.

Accompagner c’est déceler dans chacun ce qui est positif et porteur d’espoir et de progrès, en ayant la capacité de ne pas laisser toute la place aux manifestations qui apparaissent dans un premier temps : violence contre soi, contre l’autre, délits, rejets.

Accompagner, c’est tenir dans le temps, dans l’adversité, dans la crise. Les rechutes sont fréquentes : ces personnes mettent une telle énergie pour paraître comme tout le monde qu’elles finissent par s’épuiser et tout lâcher. La maladie reprend le dessus et il faut repartir à zéro.

Accompagner c’est évaluer les trajectoires. Des bilans réguliers, écrits, sont à faire avec la personne. Ce sont des repères de progression indispensables. Par ailleurs, en cas de découragement, ils servent d’appui à un nouveau départ. Ces écrits permettront à l’éducateur de travailler en équipe. Il est seul dans les démarches, certes ; mais il doit travailler dans une équipe pluridisciplinaire avec psychiatre si possible. C’est impératif, tant il a besoin d’être guidé, d’être stimulé, de s’imposer les corrections nécessaires.

Accompagner c’est maintenir ce lien aussi longtemps que nécessaire, jusqu’à ce qu’il soit reconnu inutile de part et d’autre, ou bien jusqu’à ce qu’une autre forme d’aide ait pris le relais : je pense par exemple à l’admission en centre d’hébergement ou foyer. Ceci posé, l’accompagnement doit avoir une fin programmée afin d’éviter l’étirement dans le temps, le confort et la banalisation.
Ce terme, évidemment sera précédé d’un bilan multi partenarial et pourra éventuellement être repoussé pour telle ou telle raison.

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